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Bangladesh : une enquête pointe les pratiques illicites du fabricant British American Tobacco

Une enquête du Daily Star révèle que British American Tobacco (BAT) passe des accords illicites avec des restaurants et hôtels haut de gamme au Bangladesh afin d’y promouvoir ses produits.,

Partenariats illicites avec des établissements de luxe

La British American Tobacco Company (BAT) a passé des accords financiers avec des restaurants et hôtels haut de gamme des grandes villes du Bangladesh. Ces accords financiers ont pour objet de promouvoir en toute illégalité les produits du fabricant. Cette pratique a été mise en lumière par une enquête du Daily Star.

Cette dernière révèle que BAT a plus particulièrement mis en place ces accords dans des villes comme Dhaka, Chattogram et Cox’s Bazar. Le fabricant fournit aux établissements des cigarettes et des matériaux promotionnels. Dans certains cas, BAT y organise même des événements pour augmenter les ventes de cigarettes. Des propriétaires de restaurants ont reconnu avoir passé de tels accords financiers avec BAT. Ce dernier leur demande d’afficher ses publicités et offres promotionnelles, et en échange rétribue les établissements de montants allant de 120 000 Tk (952,73euros) à 5 400 000 Tk (42 872,80 euros).[1]

Violations de la loi interdisant toute publicité antitabac

La loi antitabac du Bangladesh de 2005 (amendée en 2013) interdit toute forme de publicité pour les produits du tabac, y compris par des dépliants, des affiches et tout autre support. Elle interdit également d’offrir des échantillons gratuits ou toute offre promotionnelle, de vente avec des rabais pour attirer les acheteurs. La violation de ces règles est passible d’une peine de prison de trois mois, d’une amende de 1 lakh Tk (793 euros), les deux peines pouvant être prononcées. En cas de récidive, les sanctions sont doublées.

En dépit de cette législation, BAT a passé ces accords en toute confidentialité avec de nombreux restaurants et hôtels populaires. Le Daily Star a visité 18 restaurants à Dhaka. 15 d’entre eux avaient des zones fumeurs séparées où seules les marques de BAT étaient disponibles. Dans certaines zones fumeurs, des produits BAT étaient exposés de manière particulièrement visible, avec des présentoirs et des publicités illuminées. Un restaurant de Gulshan intégrait même une partie « Tabac » dans son menu. Ce faisant le fabricant continue à maintenir la norme tabagique dans la société et à la rendre particulièrement positive.

Le poids majeur du lobby du tabac au Bengladesh

L’industrie du tabac au Bangladesh est particulièrement active pour influencer les politiques publiques. Les pratiques de dons et de contributions lors des campagnes politiques sont documentées. De même les fabricants ont développé diverses initiatives dites de responsabilité sociale d’entreprise destinées à améliorer leur image tout en gagnant de l’influence auprès des décideurs politiques. Ces activités concernent les secteurs sociaux, de l’éducation, de l’environnement voire de la santé en lien avec la crise de la COVID. Une stratégie de communication est associée impliquant souvent la présence de représentants du gouvernement.

L’industrie a réussi à retarder la mise en œuvre de mesures de lutte contre le tabagisme. Tel a notamment été le cas des avertissements sanitaires graphiques qui ne sont toujours pas conformes aux bonnes pratiques prévues dans le traité de l’OMS la Convention cadre pour la lutte antitabac. Les avertissements demeurent notamment imprimés sur la moitié inférieure des paquets de cigarettes, ce qui les rend moins visibles​.[2]

Le pays occupe ainsi la deuxième place au niveau mondial sur l’indice d’interférence de l’industrie du tabac en 2023. Cet indice mesure l’influence et les interférences de l’industrie du tabac dans la mise en œuvre des politiques antitabac dans une centaine de pays. En 2023, avec un score de 86 sur 100, le Bangladesh est classé juste après le Japon, indiquant un niveau élevé d’ingérence de l’industrie du tabac dans le pays​.[3]

Le pays paie un lourd tribut de cette situation. L’enquête de 2018 montrait que, la prévalence tabagique était particulièrement élevée : parmi les adultes âgés de 18 à 69 ans, près de 44 % étaient fumeurs : près de 60 % des hommes et plus de 28 % des femmes.[4]  On estime qu’il y a eu 106 000 décès attribuables au tabagisme en 2019, représentant plus de 12 % de toute la mortalité au Bangladesh cette année-là.

 

DT

©Génération Sans Tabac


[1]Sajjad Hossain, BAT violating tobacco control law, The Daily Star, publié le 11 juin 2024, consulté le 2 juillet 2024

[2] BMJ, Tobacco industry interference to undermine the development and implementation of graphic health warnings in Bangladesh, BMJ, publié le 25 avril 2023, consulté le 2 juillet 2024

[3] Blog BMJ, Sluggish and yielding: Governments’ response to aggressive tobacco industry interference – 2023 Global Tobacco Industry Interference Index, Blog MBJ, publié le 17 janvier 2024, consulté le 2 juillet 2024

[4] Tobacco Tactics, Bangladesh Country Profile, Tobacco Tactics, publié le 13 mai 2024, consulté le 2 juillet 2024

Comité national contre le tabagisme |

 

Publié le 4 juillet 2024