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Les bars-tabac comme « lieux-refuge » pour les femmes : un choix contesté

La Française des Jeux a annoncé un partenariat avec l’application Umay, afin de référencer les bureaux de tabac comme des « lieux-refuges » pour les victimes de harcèlement de rue. Publicisée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, cette annonce a été vivement critiquée par des organisations féministes, qui estiment que les bars-tabac ne constituent pas des lieux sûrs pour les femmes. 

Forte de son réseau de 29 000 points de vente, principalement composé de buralistes, la Française des Jeux (FDJ) cherche à valoriser son rôle d’acteur de proximité. Elle vient de nouer un partenariat avec l’application mobile Umay pour référencer ces points de vente comme de possibles refuges pour les personnes victimes de harcèlement de rue. Cette opération est notamment déployée en prévision des prochains Jeux olympiques, où des millions de touristes sont attendus en France.

L’annonce de ce partenariat s’est déroulée le 7 mars 2024 dans un bar-tabac du 6ème arrondissement de Paris, en présence d’Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes[1]. Le lendemain, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Aurore Bergé a défendu cette initiative sur France Info.

Des organisations féministes contestent le choix des bureaux de tabac

Des internautes et des organisations féministes ont critiqué ce partenariat et ont questionné la pertinence de proposer les bureaux de tabac, et plus particulièrement les bars-tabacs, comme des lieux sûrs pour les femmes.

Responsable du collectif féministe #NousToutesLille, qui a développé des actions de prévention des violences sexistes et sexuelles dans les bars et les lieux festifs, Amy Bah considère par exemple ce partenariat comme une opération de « féminisme washing » de la part de la FDJ et estime qu’il faut l’examiner avec une grande prudence[2].

Dans un communiqué, l’association Women for Women France, axée sur le soutien aux femmes étrangères victimes de violences, a estimé que « les bars-tabacs ne constituent en aucun cas des espaces refuge. Ils sont fréquentés majoritairement par des hommes et favorisent la consommation d’alcool et les jeux de hasard. »[3] L’association y voit réunies les « conditions qui augmentent le risque de violences sexistes et sexuelles » et juge même « dangereux de promouvoir les bars-tabacs comme « lieux refuge » pour les victimes de harcèlement sexuel ». Elle préconise plutôt de solliciter le réseau des pharmaciens, lui aussi très étoffé et offrant une large plage d’horaires d’ouverture.

Des réactions individuelles ont également émaillé sur les réseaux sociaux. « J’ai travaillé un an dans un bar-tabac, je vous assure que ce n’est pas une ‘safe place’ pour les femmes », témoigne ainsi une internaute sur X (ex-Twitter).

Une stratégie d’image de la FDJ et des bureaux de tabac

L’investissement de la question des droits humains est l’un des ressorts utilisés pour illustrer des actions de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les multinationales du tabac ont investi ce thème depuis plusieurs années, en se présentant comme les alliés des femmes et en finançant certaines structures et actions dans ce domaine, tout en continuant à cibler les femmes et les filles par le marketing de leurs produits du tabac[4]. C’est pourtant en vue de les éloigner des produits du tabac que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait consacré aux femmes sa Journée mondiale sans tabac en 2021.

La FDJ reprend aujourd’hui ce créneau de communication en s’appuyant sur le réseau des buralistes, qui reste très lié à l’industrie du tabac. Il s’agit notamment pour la FDJ de présenter les buralistes comme des commerces essentiels, alors que la vente de jeux à gratter ne répond manifestement pas à un besoin essentiel. L’opération conduite par la FDJ contribue ainsi à renormaliser un commerce en déclin et fortement subventionné par les pouvoirs publics.

Le soutien apporté à cette initiative par la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes pose également question. L’idée de confier la sécurité des femmes à des buralistes vendant des produits du tabac addictifs et toxiques aux jeunes filles mineures a été pointée notamment par les acteurs de santé. D’autres types de commerces (boulangeries, notamment[5]) pourraient en effet être sollicités pour servir de refuges temporaires, sans qu’ils exposent le public à la vente de tabac, d’alcool et de jeux d’argent.

Pour en savoir davantage sur le ciblage des femmes par l’industrie du tabac, consultez notre dossier.

Mots-clés : Française des Jeux, Umay, Aurore Bergé, buralistes, bars-tabacs, femmes, harcèlement de rue, responsabilité sociale des entreprises, refuges

©Génération Sans Tabac

MF


[1] FDJ annonce le déploiement national de Umay, solution française de lutte contre le harcèlement de rue, dans son réseau de points de vente, FDJ, publié le 7 mars 2024, consulté le 11 mars 2024.

[2] Harcèlement de rue : des associations féministes accueillent « avec beaucoup de précaution » la décision de faire des bars-tabacs des « lieux sûrs », France Info, publié le 8 mars 2024, consulté le 11 mars 2024.

[3] Les associations féministes accueillent « avec beaucoup de prudence » la décision de faire des bars tabac des « lieux sûrs », News Day FR, publié le 8 mars 2024, consulté le 11 mars 2024.

[4] ACT/ASH USA/CNCT, La situation du tabagisme féminin en France, rapport, 2022, 28 p.

[5] Lte. Hours F, Lutte contre les violences faites aux femmes : la gendarmerie signe une nouvelle convention avec les boulangeries Paul, Gendinfo/Ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer, publié le 25 novembre 2023, consulté le 12 mars 2024.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 13 mars 2024