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Australie. Quand une ex-députée reprend la rhétorique de l’industrie

L’interdiction de vente de cigarettes électroniques sans ordonnance, prévue pour l’été 2021 en Australie, a suscité une réaction de la part d’une ancienne députée.  Analyse rhétorique.

Une actualité publiée par Génération Sans Tabac le 24 septembre 2020 faisait état de la nouvelle classification de la nicotine en tant que « médicament distribuable uniquement sur prescription » par la Therapeutic Goods Administration (TGA). Cette décision marque un tournant réglementaire majeur pour la cigarette électronique. En effet, par cette classification, la cigarette est désormais exclusivement considérée par l’Australie comme un outil médical d’aide au sevrage tabagique, et non comme un dispositif permettant une consommation récréative.

Une argumentation à déconstruire

L’ancienne députée Fiona Scott, membre du Parti Libéral en Australie, a jugé que cette restriction allait trop loin. Dans une interview[1], celle-ci ironise : « nous devrions peut-être aussi fermer tous les fast-foods, et faire faire des prescriptions, car la dernière fois, le cheeseburger et les frites n’étaient pas bons non plus […]. Jusqu’où voulez-vous allez ? On est dans un état nounou ». On repère dans cette citation deux arguments  centraux.

D’abord, l’idée d’un « effet domino » : cette réglementation marquerait le début d’une suite de restrictions arbitraires sur un certain nombre de produits, au-delà de ceux du tabac. Cet argument est régulièrement mobilisé pour décrédibiliser une mesure de santé publique. Par exemple, en France, des réactions similaires ont été observées au moment de l’instauration du paquet neutre, prophétisant la généralisation de l’emballage neutre à toute une autre gamme de produits (vin, fromage, etc). En réalité, ces prédictions ne se réalisent jamais.

Ensuite, le deuxième point de l’argumentation consiste à contester la dimension jugée paternaliste d’une telle mesure. Selon les défenseurs de ce point de vue, les réglementations sanitaires sont une entrave à la liberté individuelle. Cependant, la consommation de nicotine, considérée comme une drogue dure, entraîne par définition de puissants mécanismes de dépendance. Elle est précisément une négation de la notion de liberté individuelle.

Des procédés rhétoriques bien identifiés

Ces procédés argumentatifs sont largement ceux diffusés par l’industrie du tabac et ses alliés, et identifiés depuis longtemps par la recherche[2]. Toutefois, la réutilisation de cette stratégie rhétorique sur la question de la cigarette électronique pose la question de la reprise en main de l’industrie de la nicotine – et notamment celle des cigarettes électroniques – par celle du tabac.

Mots clés : Australie, Rhétorique 

©Génération Sans Tabac


[1] Restricting sale of tobacco to prescription only, the move of ‘a robotic nanny state’, Sky News, 13/10/2020, (consulté le 14/10/2020)

[2] Ulucanlar S, Fooks GJ, Gilmore AB. The Policy Dystopia Model: An Interpretive Analysis of Tobacco Industry Political Activity. PLoS Med. 2016 Sep 20;13(9):e1002125. doi: 10.1371/journal.pmed.1002125. PMID: 27649386; PMCID: PMC5029800. 10.1371/journal.pmed.1002125

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 16 octobre 2020