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Augmentation de la consommation de tabac à la sortie du confinement, qu’en penser ?

Tous les mois, se fondant sur les données du principal distributeur de tabac en France (Logista), la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) publie l’évolution des ventes de tabac en France continentale et en Corse. L’augmentation des ventes constatée en juin est alarmante. Pour autant, il convient d’être prudent dans son analyse.

Des données alarmantes pour juin 2020

Si l’on a pu se réjouir de constater des baisses régulières dans les ventes de tabac ces derniers mois, les données de juin 2020 alarment. En effet, les ventes en France continentale connaissent une forte hausse par rapport aux données de juin 2019, de surcroit constatée pour tous les types de produits du tabac :

+ 13.34% pour les cigarettes ;

+ 28.63% pour le tabac à rouler ;

+ 71.01% pour les « autres tabacs à fumer » correspondant notamment au tabac à chicha et au tabac chauffé ;

+ 14.36% pour le tabac à priser ;

+ 69.48% pour le tabac à mâcher.

Loin de voir reculer le tabagisme au sein de sa population, au vu de ces données, la France assiste aujourd’hui au développement de nouvelles consommations, qui ne sont en réalité pas sans risque pour la santé.

 

Attention aux conclusions hâtives !

L’inquiétante augmentation des ventes de tabac sur la période de juin 2020, ne serait pas sans lien avec les circonstances particulières du confinement, et surtout du déconfinement. Si provisions et réserves ont été les mots d’ordre du confinement national pour la plupart des Français, réapprovisionnement pourrait être celui du déconfinement. La hausse des ventes constatée le mois dernier pourrait donc être liée à une modification ponctuelle des habitudes des consommateurs.

En outre, Logista précise que le nombre de jours de livraison a différé entre 2019 et 2020. En juin 2020, 2 jours supplémentaires de livraison (21) par rapport à 2019 (19) participeraient donc aussi à expliquer ces variations.

Une confirmation intéressante cependant : La forte réduction des achats transfrontaliers constatée pendant le confinement et qui s’était traduite par une embellie des ventes chez les buralistes n’avait pas eu d’incidence sur les ventes nationales restées en régression. Il semblerait qu’à l’inverse, la reprise des achats transfrontaliers et la réduction des ventes des buralistes frontaliers n’ait pas eu d’incidence sur les ventes à l’échelle nationales.

Les effets de la politique de taxation restent encore très positifs puisque la comparaison pour 12 mois (7/2019 à 6/2020 comparé à 7/2018 à 6/2019) fait apparaitre une régression de -6% des ventes.

Les chiffres du mois de juillet devraient pouvoir confirmer que cette alerte n’était que le fruit d’un concours de circonstances.

 

Où est le danger pour la santé publique ?

Plus alarmante est cependant la constance de la très forte augmentation de la catégorie des « autres produits du tabac » qui regroupe notamment le tabac à pipe, le tabac à chicha et les cartouches de tabac chauffé. En effet, la pipe n’est plus guère utilisée et le tabac à chicha échappe presque totalement à la distribution légale ; ne reste donc que le tabac chauffé dont la communauté scientifique fait beaucoup plus état en termes de nocivité qu’en termes d’aide au sevrage tabagique.

Un gros pourcentage d’augmentation sur une très faible partie des produits du tabac consommés ne représente certes pas une modification profonde des habitudes. La vigilance des pouvoirs publics et du législateur n’en demeure pas moins nécessaire tant en termes économiques que sanitaires. L’industrie du tabac n’a jamais abandonné l’idée de maintenir sa clientèle enfermée dans la dépendance à ses produits mortels, même si elle a fait souvent illusion en proposant de participer à sa propre destruction.

©Génération Sans Tabac


[1] Les ventes de tabacs en juin 2020 (15 juillet 2020 – consulté le 21 juillet 2020).

[2] Tabacs manufacturés (consulté le 21 juillet 2020).

DNF – Pour un Monde ZeroTabac | MT

Publié le 21 juillet 2020